Historique

Le karaté est originaire de l’archipel des Ryukyu, plus connu sous le nom d’Okinawa, son île principale. Les insulaires développèrent des techniques de combat à mains nues, qu'ils finirent par regrouper en un corpus de techniques qu’ils désignèrent sous le terme d’Okinawa-té, traduit par la « Main d’Okinawa ».

Bien qu’il n’y ait pas de preuve formelle, il est admis que c’est au travers des échanges commerciaux et culturels que les deux écoles de l’île, Shorey-ryu et Shorin-ryu, aient établi des contacts avec les écoles de boxe chinoise voisines, notamment avec les deux écoles de kempo chinois : Wutang et Shoalin-ji.

Au XVIIème siècle, le Japon, en proie à de nombreuses guerres civiles, pratique une politique isolationniste pour assurer sa réunification. Il coupe ses contacts, à quelques exceptions près, avec le monde extérieur, et envahit l'archipel qui était constitué en royaume prospère depuis le XVème siècle. Certains nobles investirent alors l'île d'Okinawa afin de maintenir des échanges (commerciaux, culturels) avec l'ensemble de l'Asie du sud-est, et notamment avec la Chine qui étendait son influence sur toute la région. Pendant cette occupation, qui dura 2 siècles et demi, il fût interdit aux insulaires de posséder une arme. Dans le plus grand secret, les habitants de l’archipel pratiquèrent alors de plus en plus les méthodes de combat à mains nues et développèrent en même temps des techniques utilisant des bâtons, des fléaux ou des chaînes, outils de paysans.

Au cours de cette période, les responsables politiques chinois, conscients de l’intérêt des insulaires pour les sports de combat, envoyèrent des attachés d’ambassade, Maîtres de boxe chinoise. L’un d’eux laissa en souvenir à ses disciples d’Okinawa, un kata (ensemble de mouvements, représentant un combat) qu’il avait inventé et enseigné sous le nom de Kwanku.
Par la suite, plusieurs Maîtres se succédèrent sur l'île d'Okinawa au cours du XVIIIème siècle et XIXème siècle. Mais il faut réellement attendre le début du XXème siècle pour que le karaté se vulgarise.

Maître Gichin FUNAKOSHI, né d’une famille de samouraï en 1869, est élève des deux plus grands Maîtres de l’époque. Il acquiert auprès de nombreux experts, l’héritage des années d’entraînement secret.
Un inspecteur d’Académie japonais, après avoir visité l’île et assisté à des démonstrations de karaté, soumet un rapport détaillé sur ses vertus éducatives au Ministère de l’Education Nationale. C’est alors que l’interdiction qui frappait le karaté est levée et que celui-ci est intégré dans le programme d’éducation physique des écoles secondaires de l’île.

A partir de 1916, Maître FUNAKOSHI est alors invité à faire des démonstrations, la première a lieu à Kyoto, alors capitale des arts martiaux. C’est la première fois que les arts martiaux sont présentés en dehors de l’archipel d’Okinawa. En 1922, une grande manifestation nationale est organisée à Tokyo, Maître FUNAKOSHI est chargé de représenter la province d’Okinawa. Il est alors sollicité par le fondateur du Judo et un Maître de Kendo pour rester au Japon et développer le karaté. Il a alors 53 ans, et tout reste à créer. Il forme les premières ceintures noires entre 1922 et 1930. Le karaté commence à se répandre ; certaines universités lui ouvrent leurs portes. Sensei FUNAKOSHI publie en 1935 "karaté-do kyohan", ouvrage dans lequel il codifie et modernise l’enseignement. C’est en 1936 qu’est inauguré le premier dojo japonais et porte le nom de « Shoto-Kan » soit la « maison de shoto ». Ce nom restera et désignera le karaté-do selon l’enseignement du Maître. Au cours des premières années, Maître FUNAKOSHI codifie les katas, met au point les méthodes pédagogiques et instaure les grades : Kyu pour les débutants et Dan pour les confirmés.
Ce premier Dojo est détruit en 1945 par les raids aériens mais l’enseignement se poursuit dans les dojos des universités. Le karaté parvient à maturité et les premiers contacts avec la culture occidentale ont lieu par le biais des troupes américaines d’occupation.

A 75 ans, Maître FUNAKOSHI sait que le karaté se fera naturellement connaître en dehors du Japon. Il se fixe donc comme dernière tâche de préparer de bons ambassadeurs. Avant de s’éteindre en 1957, il aura assisté à la création de deux organisations non japonaises : Shotokan-karate-do Brazil et Shotokan-karate of America. Celle-ci est notamment créée par un de ses derniers Godan (5ème Dan) : Maître Tsutomu OHSHIMA qui, fort de ce succès, fonde Canada Shotokan, Suisse Shotokan, Israël Shotokan, Maroc Shotokan, Gabon Shotokan, et surtout France Shotokan en 1964. Né en 1930, Maître OHSHIMA vient encore animer des stages en France et délivrer des Dan à ses seniors.